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Récit de mon "Summer Kitten" - Plongée au coeur d'un événement Chatonnade

Salut la compagnie,
Chose promise, chose due, voilà le récit de mon "Summer Kitten", événement sexpo de 15 jours organisé par Chatonnade dans une grande maison au milieu de champs de maïs en Seine et Marne, à 1h30 environ de Paris.
Je sais pas trop par où commencer ni comment structurer le bousin alors d'avance, veuillez m'excuser si c'est le bazar...
Petit rappel pour celleux qui viennent d'arriver, Chatonnade, c'est le nom d'un collectif de personnes qui organisent des événements self-positif/sex-positif (pour sexualité positive, une approche qui considère que la sexualité est une voie d'épanouissement qui ne devrait ni être tabou, ni honteuse). Ces événements peuvent être des soirées, des week-ends (qu'on appelle Fabulous Fabulousities - FF) ou des retraites plus longues, de 4 jours à 15 jours (mais on fera bientôt plus long encore). Le but de Chatonnade, à travers ces événements, c'est de créer et d'offrir des espaces sans injonction, inclusifs pour toutes et tous, quelque soit le genre, la couleur de peau, l'âge, l'orientation sexuelle, la taille, le poids, le niveau d'étude, le montant du compte en banque ou la situation professionnelle, etc. Bref, tout le monde est la/le bienvenu.e pourvu qu'iel s'engage à respecter les règles du collectif et de l'événement.
Concernant les règles, justement, il y en a pas mal, ce qui permet de cadrer les événements et de les rendre le plus safe possible (sachant qu'il est impossible d'être 100% safe mais que plus on met d'outils et de règles en place, plus les risques de non-safitude sont diminués). Parmi ces règles, l'une des plus centrales et importantes à mes yeux est celle sur le consentement. La culture du consentement développée dans Chatonnade repose sur plusieurs principes qui essaient de diminuer au maximum tout bris de consentement et de manière générale, toute interaction non-sollicitée. Aussi, le consentement doit être :
De la même façon, un "non" ne doit pas être pris de façon personnelle, il doit être considéré comme le refus d'une interaction particulière à un moment particulier mais pas d'un refus de votre être entier. L'idée derrière ça, c'est aussi de faciliter l'écoute de son propre consentement et de celui des autres. Il est parfois plus difficile de dire "non" que "oui".
Cette culture du consentement est quand même la pierre angulaire des événements Chatonnade mais aussi plus largement de tous les événements sexpo et qui permet d'avoir des espaces safe. Ca et l'authenticité radicale permise par le cadre général. En gros, en chatonnade, on peut être soi-même, sans avoir à se justifier, ni se cacher derrière un masque. Bon ça, c'est la théorie, dans la réalité, il faut quand même quelques temps pour s'adapter et vraiment "plonger" mais une fois que c'est fait, les changements peuvent être impressionnants et assez fabuleux.
Autre pierre angulaire, l'auto-gestion. Rien est obligatoire. Ni la participation aux tâches collectives, ni la participation aux ateliers, ni la participation aux cérémonies, ni la participation aux cercles, rien, nada, que dal. Si tu veux venir et chiller dans un canapé en lisant un bouquin, c'est cool. Si tu veux venir et faire des ateliers mais ne pas faire la bouffe, c'est cool. Si tu veux venir et faire la cuisine et danser, c'est cool. Si tu veux venir et être à poil pendant toute la durée de l'événement, c'est cool. Après, l'idée n'est pas de faire n'importe quoi non plus, il y a des règles comme citées plus haut mais l'intention est de permettre à chacune et chacun d'être soi, de faire ce qu'iel a envie de faire et d'accepter les gens tels qu'iels sont. BREF !
Passé ce préambule, comment, concrètement, ça se passe, un événement chatonnade ? Je vais parler du "Summer Kitten", l'événement de cet été mais globalement, la structure et l'organisation sont souvent toujours les mêmes ou presque.
D'abord, en amont, il y a des "leads" (qui s'autodésignent) qui vont gérer toute la partie "pré-événement" :
Sur place, pendant l'événement, d'autres rôles seront là pour que l'événement se passe au mieux :
Bon, du coup, passées ces considérations plus "techniques", voilà comment ça s'est passé pour moi.
L'événement commençait le dimanche, je suis arrivé en milieu d'après-midi, avec une de mes relations (sachant que j'en rejoignais d'autres sur place). On a commencé à visiter les lieux mais très vite j'ai dû aller chercher une personne à la gare qui était à 10 minutes du lieu car personne n'était dispo : auto-gestion ! Une fois la personne récupérée, retour sur le lieu, visite des différents espaces (dortoir, playroom, "manoir", cuisine, jardin) puis place à la cuisine pour le premier repas du soir. Ensuite, à 21h, premier cercle de gestion de vie collective où sont abordées toutes les règles de vie, de consentement, d'organisation. A 70, ça faisait du monde ! D'autant que pour le premier cercle, on invite chaque personne à donner son prénom/pronom et son intention pour l'événement.
Pendant le cercle, il est aussi possible de proposer des ateliers jusqu'au cercle du lendemain midi. Je me suis amusé à recenser la liste des ateliers proposés sur la totalité du Summer Kittens, il y en a eu plus de 130 (et je pense que j'en ai oublié quelques-uns !). C'est aussi pendant ce cercle qu'on gère la cuisine pour le lendemain matin. Les types d'ateliers sont vraiment variés, ça peut être des cours de Yoga, des cercles de paroles sur des sujets divers et variés (les relations, la sexualité, le travail, etc), des ateliers liés à la sexualité (Liquid Love, masturbation, éjaculation féminine, fessées) à la connexion aux autres (authenticité&vulnérabilité, découvrir l'autre à travers ses 5 sens, massages en tout genre). Bref, il y a le choix et tout ne tourne pas autour de la sexualité, j'ai comptabilisé à peine 40 ateliers qui impliquaient directement de la sexualité sur les 130 listés. Il est donc vraiment possible d'explorer plein d'autres choses pendant ces événements.
En plus de ces ateliers, le soir, des cérémonies sont proposées (rien est obligatoire encore une fois), avec des ateliers de connexion entre participant.e.s, parfois des soirées plus créatives (danses, chants, musiques, boeufs) d'autres plus axées sur une dimension "sacrée" (voir l'autre dans toute son Humanité), d'autres enfin plus axées sur une énergie plus sexuelle (orgie).
Pour ma part, j'ai animé plusieurs ateliers, dont un sur la masturbation et sur l'uro. J'ai participé à pas mal de cercle de discussion, notamment des cercles non-bianires, et c'était vraiment passionnant, jusqu'à me faire questionner mon identité de genre (c'était déjà en process à vrai dire).
J'ai eu plusieurs moments marquants pendant ce séjour, que ce soit des moments hyper intenses dans la joie (plan à trois avec un couple magnifique) ou dans la "difficulté" (gestion des attentes des autres, gestion de la frustration ou de la déception quand personne ne vient à l'atelier qu'on propose, réussir à faire en sorte que tout le monde se sente bien, jalousie de certaines de mes relations). J'ai souvent tendance à dire que ce genre d'événement, c'est des machines à laver, si tu entres vraiment dedans, ça va remuer, et pas qu'un peu !
Voilà, je pourrais dire encore mille autres choses mais je vais m'arrêter là et plutôt répondre à vos questions si vous en avez.
Des bisous (si consentis, évidemment).
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A bas les charters racistes, les licenciements, les attaques contre la Sécu ! Pour un parti ouvrier révolutionnaire internationaliste !

https://archive.is/AmyUq
A bas les charters racistes, les licenciements, les attaques contre la Sécu !
Pour un parti ouvrier révolutionnaire internationaliste !
Bureaucrates syndicaux, gauche et « extrême gauche » ont trahi les grèves de mai-juin
Reproduit du Bolchévik n° 165, septembre 2003
3 septembre – Le gouvernement Chirac a fait passer en force son projet de démantèlement du système de retraites, malgré les grèves et manifestations qui ont mobilisé des millions de travailleurs pendant des semaines en mai-juin. Les bureaucrates syndicaux ont fait échouer la grève, isolant les militants et séparant les secteurs grévistes les uns des autres, ouvrant ainsi la voie au vote de la « réforme » des retraites. Mais, comme nous l’écrivions dans notre tract du 15 mai au début des grèves, « la classe ouvrière est en train de réduire en miettes l’unité nationale réactionnaire derrière le gouvernement Chirac qui avait été scellée par le PS, le PC et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) la main dans la main avec les bureaucrates syndicaux. Depuis leur vote pour Chirac l’année dernière “contre Le Pen” jusqu’à leurs louanges pour les impérialistes français comme une force “de paix” contre le massacre colonial de l’impérialisme US en Irak, ces traîtres ont fait tout leur possible pour enchaîner la classe ouvrière à son ennemi de classe » (voir notre précédent numéro du Bolchévik). C’est pourquoi, malgré sa victoire contre les travailleurs, le gouvernement est inquiet d’avoir épuisé cette traîtrise « unité nationale » et craint d’avoir beaucoup plus de difficultés pour mener à bien les nouvelles attaques qui s’annoncent. Par exemple il veut démanteler la Sécu alors que tout le pays fulmine contre sa politique d’austérité criminelle dans la santé qui a provoqué officiellement plus de onze mille morts pendant la canicule du mois d’août.
Les travailleurs ont subi une défaite mais n’ont pas été définitivement vaincus. Pour repousser les nouvelles attaques qui s’ annoncent, la question cruciale est de tirer les leçons de la vague de grèves de mai-juin. De la LCR et ses gros titres « grève générale » chaque semaine dans Rouge, aux lambertistes du Parti des Travailleurs (PT) et leur appel aux bureaucraties de la CGT et de Force ouvrière pour une « grève générale interprofessionnelle », et à Lutte ouvrière et sa « généralisation de la grève », tous ces groupes se sont contentés d’appeler les travailleurs à lutter davantage, tout en restant dans le cadre du capitalisme et sans présenter une perspective politique révolutionnaire qui pouvait tracer la voie d’une lutte victorieuse contre les patrons et leur gouvernement. L’extension de la grève elle-même exigeait d’élargir les revendications à d’autres questions pour entraîner le secteur privé avec sa forte composante d’origine immigrée. Le premier semestre 2003 a été marqué par cinquante-sept (57 !) « vols groupés » de déportations vers l’Afrique de l’Ouest, la Roumanie et la Chine. Sur les sept premiers mois de l’année, 19 425 personnes ont été expulsées du pays. Nous disons : A bas les déportations racistes ! Le gouvernement s’en prend maintenant y compris aux dirigeants des sans-papiers, comme Nasr Eddine Bourrached, porte-parole du Collectif de Perpignan, expulsé vers l’Algérie le 31 août. Romain Binazon, porte-parole des sans-papiers à Paris, a été arrêté le lendemain même de la manifestation anniversaire de l’attaque des flics contre les sans-papiers réfugiés dans l’église Saint-Bernard, alors qu’il protestait contre une expulsion. Comme nous l’écrivions dans un tract de protestation publié dès le premier « charter » Sarkozy (reproduit dans le Bolchévik n° 163, printemps) :
« Aujourd’hui le gouvernement attaque les immigrés parce qu’il croit qu’il peut le faire en toute impunité. Il se base sur la vieille tactique du racisme afin de « diviser pour mieux régner » – c’est à nous de prouver qu’il a tort ! Les puissants syndicats du prolétariat français et allemand, et les syndicats à travers l’Europe doivent se solidariser avec leurs frères et sœurs de classe les plus vulnérables. »
Nous avons fait des prises de parole sur les facs, à Saint-Denis et Rouen contre les charters. Nous mettions en garde dans notre tract que Chirac et Sarkozy utiliseraient « la même répression contre tous les travailleurs quand ils feront grève contre les licenciements et les privatisations ou pour défendre les retraites en France et les prestations sociales en Allemagne. » Cette question était cruciale car le refus des organisations de gauche de mobiliser contre ces déportations était l’expression concrète du soutien de la gauche à Chirac pendant la guerre contre l’Irak. La terreur raciste est dans ce pays un mécanisme essentiel pour diviser et paralyser la classe ouvrière, et l’enchaîner à sa propre bourgeoisie, et c’est pourquoi il est central de s’opposer à ce poison chauvin. Nous disons : A bas Vigipirate ! Pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés !
La leçon de ces grèves, c’est la nécessité de lutter pour une nouvelle direction, révolutionnaire et internationaliste, pour la classe ouvrière. Les attaques elles-mêmes du gouvernement ne peuvent se comprendre qu’en regardant la situation dans son cadre international. Le ciment de l’« unité nationale » derrière Chirac c’est l’antiaméricanisme à bon marché. Le PCF et la LCR, qui avaient plébiscité Chirac lors des élections présidentielles de 2002, ont décrit son « opposition » à la guerre américaine en Irak comme étant soi-disant la voie vers la paix. Ce faisant ils ont pavé la voie à l’envoi de troupes coloniales françaises à droite et à gauche en Afrique, et au lancement d’un programme d’expulsions en masse de sans-papiers, pratiquement sans la moindre résistance de la gauche. Pour peu que la guerre ait duré plus longtemps, Chirac espérait s’en tirer sans que l’attaque contre les retraites en France ne fasse de vagues, le PCF et la LCR défilant au cri d’un « droit de veto » de Chirac à l’ONU contre les Américains. L’augmentation des rivalités interimpérialistes s’accompagne d’un renforcement du chauvinisme et du nationalisme, où beaucoup de travailleurs s’imaginent avoir davantage d’intérêts en commun avec leur propre gouvernement capitaliste qu’avec leurs frères de classe américains ou avec leurs collègues d’origine immigrée ici.
La victoire des capitalistes en France sur les retraites a renforcé le chancelier social-démocrate allemand Schröder dans ses propres attaques contre l’assurance chômage et autres acquis ouvriers en Allemagne. Et, quand Schröder a fait passer son plan de démantèlement de la Sécu en Allemagne en juillet, cela a aiguisé l’appétit des capitalistes français d’en faire de même. Dans toute l’Europe de l’Ouest la classe ouvrière se voit arracher ses acquis, obtenus de haute lutte à une époque où la bourgeoisie confrontait la présence soviétique dans toute l’Europe de l’Est. Avec la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique, les bourgeoisies européennes clament que le communisme est soi-disant mort et cherchent à reprendre tous ces acquis. En même temps, comme elles ne sont plus liées entre elles et avec les USA par leur haine de l’Etat ouvrier dégénéré soviétique, leurs rivalités s’exacerbent. La guerre de l’impérialisme américain contre l’Irak était en partie au moins dirigée contre les rivaux impérialistes des USA, dont la France. Et le rôle du gouvernement capitaliste français c’est de renforcer la main de ses propres capitalistes en redoublant les attaques contre les travailleurs dans ce pays.
Pour des syndicats industriels ! Pour un parti léniniste d’avant-garde !
La vague de grèves a montré une nouvelle fois que cette société est divisée en deux classes sociales fondamentales : la bourgeoisie avec son Etat, qui possède les usines et l’ensemble des moyens de production, et le prolétariat qui y produit toutes les richesses, y compris la plus-value que s’approprient les capitalistes en ne laissant aux travailleurs que le salaire qui leur permet à grand-peine de se maintenir et de se reproduire. Entre ces deux classes sociales fondamentales il y a une énorme masse petite-bourgeoise (y compris les enseignants, les acteurs, etc.) qui oscille entre les deux mais qui dans cette lutte s’est mobilisée dans l’intérêt des travailleurs et le sien. C’est de par sa position dans la production matérielle que le prolétariat a la puissance sociale pour non seulement arrêter la production (dans la grève), mais aussi l’intérêt historique à renverser l’ensemble de la classe capitaliste. L’Etat n’est pas quelque chose de neutre, au-dessus des classes, mais une force de coercition ayant le monopole officiel de la violence (les flics, l’armée, les matons, les tribunaux) pour maintenir la structure de la société en l’état, autrement dit la dictature de la bourgeoisie sur les ouvriers. Tant qu’elle le peut la bourgeoisie préfère régner derrière la façade du parlementarisme, mais en cas de crise sociale profonde pouvant remettre en cause sa domination elle n’hésite jamais à recourir à la violence la plus brutale, des fascistes de Mussolini en 1922 aux nazis de Hitler en 1933. La Ve République française elle-même prend son origine dans un coup d’Etat par le général de Gaulle pendant la guerre d’Algérie.
La trahison de la bureaucratie syndicale de la CFDT a été patente pratiquement dès le premier jour des grèves de mai. Mais la conclusion qu’en ont tirée les travailleurs, notamment dans la CFDT, a souvent été de simplement changer d’étiquette syndicale. Par exemple le syndicat des fonctionnaires territoriaux du Val-de-Marne, dirigé par un membre de la LCR d’après le Monde (18 juillet), a décidé de passer avec armes et bagages à la FSU. D’autres syndicats, notamment dans la santé, envisagent de se désaffilier pour rejoindre le SUD. Mais les autres syndicats n’ont pas eu une ligne fondamentalement différente sur le terrain, freinant des quatre fers voire cassant ouvertement la grève, comme la CGT à la RATP et la SNCF après le 13 mai. Le problème n’est pas l’étiquette syndicale, c’est l’émiettement de la classe ouvrière en une kyrielle de syndicats avec chacun une ligne réformiste légèrement différente. Les réformistes qui concentrent le tir sur la CFDT le font pour couvrir leur propre rôle traître dans la CGT, la FSU ou FO. Pendant les grèves nous avons avancé la perspective de syndicats industriels. Face à la division sectaire de la classe ouvrière, il nous faut unir tous les ouvriers en un seul poing fermé : une industrie, un syndicat. Nous écrivions :
« La division de la classe ouvrière en plusieurs syndicats largement en fonction des convictions politiques, correspond à la conception bien ancrée en France que les grèves sont avant tout des manifs politiques, et non des actions ouvrières qui stoppent la production. Il s’agit de tactiques de pression extra-parlementaire, tout particulièrement quand la droite est au pouvoir, dans la perspective de ramener au gouvernement les réformistes ou le front populaire. C’est pourquoi quand nous parlons de syndicats industriels dans notre tract récent, nous lions ce point à la question des piquets de grève non filtrants. »
– le Bolchévik, été 2003
C’est pourquoi aussi pour nous (et contrairement à la LCR), le SUD ou un autre syndicat plus combatif ou « radical » comme la CNT anarchisante n’est pas l’alternative aux grands syndicats réformistes, car il accentue l’ émiettement de la classe ouvrière, avec pour résultat qu’il y a toujours quelques syndicats pour casser la grève des autres. Nous communistes, nous cherchons à construire et renforcer les syndicats afin d’aider les travailleurs à être dans la meilleure position possible pour combattre les attaques des capitalistes et de l’Etat bourgeois. L’arme la plus puissante des travailleurs est leur unité contre les capitalistes. Parallèlement les communistes authentiques se battent contre la subordination politique des travailleurs à la bourgeoisie ; les réformistes et l’« extrême gauche » poussent cette subordination en déviant la lutte de classe vers la réforme au coup par coup d’un système capitaliste qui de façon inhérente est un système d’exploitation. Il faut défendre tout acquis partiel ou toute réforme, mais pour se libérer de l’esclavage salarié, du racisme et de la guerre il faut une révolution socialiste pour balayer tout ce système capitaliste pourri, et établir une société où c’est les travailleurs qui seront au pouvoir. Pour tracer la voie pour un tel avenir il faut construire un parti révolutionnaire internationaliste léniniste, en luttant politiquement contre tous les partis réformistes et centristes qui maintiennent les luttes dans les limites de la « démocratie », c’est-à-dire la dictature de la bourgeoisie.
PCF et LCR à la rescousse de Chirac
Lors du second tour de l’élection présidentielle en 2002, toutes les bureaucraties syndicales, de la CFDT à la CGT et au SUD, ont appelé à voter Chirac, soi-disant contre Le Pen. La collaboration de classes est tellement une seconde nature pour le PCF que, en l’absence d’un front populaire (c’est-à-dire une alliance de collaboration de classes, comme l’était la « Gauche plurielle » avec le PS, le PC, et des petits partis bourgeois comme les Radicaux de gauche, les Verts ou les chevènementistes), le PCF a soutenu à plusieurs reprises par la bande les gaullistes, y compris en mai 1968 où ils avaient un penchant pour l’antiaméricain de Gaulle par rapport aux atlantistes de Mitterrand/Mendès France.
Mais la LCR, qui a occasionnellement le cynisme de se prétendre trotskyste, n’est en réalité pas si différente. Même en pleine vague de grèves, la LCR s’est investie dans le village alternatif au sommet impérialiste du G-8 à Evian, un village alternatif dont l’Elysée pouvait claironner qu’il l’avait financé à hauteur d’un million d’euros (le Monde, 2 juin) ! Bien sûr, des milliers de travailleurs et de jeunes ont pris et vont prendre part aux mobilisations « contre la mondialisation néolibérale » en étant du fond du cœur contre Chirac. Ils veulent à juste titre protester contre ce système capitaliste, mais, qu’ils le veuillent ou non, ils se retrouvent embrigadés derrière des groupes comme le PCF et la LCR qui se laissent de bonne grâce prendre au jeu populiste de Chirac. Celui-ci a libéré leur héros José Bové à temps pour le grand rassemblement du 9 août au Larzac, à charge pour Bové de canaliser les énergies à l’automne vers la lutte¼ contre l’OMC contrôlée par les Américains. Comme l’écrivait le très bourgeois le Figaro dans son éditorial du 11 août :
« Il existe des dénominateurs communs entre Bové et le chef de l’Etat : la défense de l’environnement, du dialogue des cultures, d’un monde multipolaire¼ Autant de sujets qui n’émeuvent pas les Américains. Jusqu’à un certain point, le combat mené par José Bové, qui compte des partisans dans le monde entier, sert la cause du président de la République à l’étranger. Et puis l’éleveur du Larzac qui dame le pion à la gauche [il s’agit du PS, chahuté au Larzac] dans le débat intérieur, ce n’est pas mauvais. »
La haine contre les massacres impérialistes et le retour du colonialisme pur et simple en Irak, contre l’oppression terrible du peuple palestinien par l’Etat bourgeois sioniste, la haine contre le gouvernement français accumulée par les enseignants, les intermittents du spectacle, tous les salariés dont la retraite vient d’être charcutée, les travailleurs en lutte contre les licenciements, tout cela ne doit pas simplement trouver un exutoire dans la dénonciation de la « mondialisation libérale » et la domination américaine sur le monde. La « mondialisation libérale », c’est tout simplement le capitalisme après la destruction de l’Union soviétique. L’existence de l’Union soviétique tenait en respect l’impérialisme dans le monde, mais la contre-révolution capitaliste a créé un monde d’exploitation sans frein et de guerres pour la redivision de la planète entre les puissances capitalistes exploiteuses. On ne peut lutter pour une « autre mondialisation » qu’en luttant consciemment pour éradiquer le système capitaliste lui-même par une série de révolutions ouvrières. Nous disons : A bas l’occupation coloniale de l’Irak ! Troupes impérialistes US et alliées, hors du Proche-Orient ! Faire croire, comme la LCR, que les impérialistes français seraient moins criminels que Bush, voire un allié potentiel contre lui, c’est du vulgaire chauvinisme bourgeois français. Ce sont des troupes françaises qui sévissent et attisent les rivalités interethniques sanglantes en Côte d’Ivoire, au Congo et ailleurs : Troupes françaises hors d’Afrique, des Balkans, d’Afghanistan ! Ici ce n’est pas le FBI qui fait la chasse aux immigrés et leurs enfants, mais les flics de Chirac. Ce n’est pas General Electric USA qui licencie, mais le groupe français Alstom.
Ce qu’il faut, c’est lutter contre les illusions propagées par la LCR qu’une « autre mondialisation », un « autre monde », seraient possibles sans renverser tout le système capitaliste par des révolutions ouvrières dans le monde entier. Un organisateur principal du Forum social européen de novembre, c’est le maire PCF de Saint-Denis, Patrick Braouezec, grand pote de Krivine devant l’Eternel. Voilà ce que disait Braouezec au printemps à propos de l’expulsion raciste des Roms de sa commune (l’Humanité, 28 avril) : « Il ne faut pas seulement expulser ces personnes, il faut trouver des solutions viables et pérennes. [Les] traiter avec dignité. » Avec Braouezec, un « autre monde » est possible, où l’expulsion raciste des Roms se fait « avec dignité » ! A partir du moment où on perd de vue que non seulement le capitalisme n’est pas humanisable, mais que seule la classe ouvrière est la force historique pour le renversement du capitalisme, on se retrouve à la traîne non seulement de réformistes comme Krivine ou Braouezec, mais même de Chirac, chef de l’ impérialisme français.
Un « parti de toute la classe » ou un parti ouvrier révolutionnaire multiethnique ?
Ce dont les travailleurs ont besoin pour vaincre dans une révolution c’est d’un parti ouvrier d’avant-garde, organisé sur la base d’un programme révolutionnaire internationaliste intransigeant. Un tel parti serait aujourd’hui forcément une minorité dans la classe ouvrière, même très petite, et le restera en dehors d’une période révolutionnaire. Mais quand la marée révolutionnaire monte (et l’exploitation capitaliste est la source même de la lutte des ouvriers et de son explosion périodique en poussées révolutionnaires), ce programme intersecte à ce moment-là la classe ouvrière plus largement, lui donne la perspective pour mener à bien une révolution jusqu’à la victoire, et comment. C’est là le secret de la victoire de la Révolution russe de 1917. Les bolchéviks de Lénine avaient lutté pendant 15 ans contre toutes sortes de déviations opportunistes, contre la tendance de leurs opposants menchéviks à subordonner la révolution à la bourgeoisie. La plupart des grands leaders de la social-démocratie internationale traitait les bolchéviks de sectaires indécrottables, de scissionnistes invétérés, etc., etc. C’est parce que les bolchéviks cherchaient à maintenir contre vents et marées le programme révolutionnaire, en luttant contre tous les obstacles à l’intérieur même du mouvement ouvrier, qu’ils ont gagné la majorité de la classe ouvrière au pouvoir des soviets et à la dictature du prolétariat, assurant ainsi le succès de la Révolution d’octobre 1917 (voir notre article paru pour le 85e anniversaire de la révolution, le Bolchévik n° 162, hiver 2002-2003). C’est un tel parti que nous cherchons à construire : notre conception du parti découle de notre objectif révolutionnaire.
La LCR cherche explicitement à construire un parti en opposition à cette conception du parti ; c’est bien normal, parce qu’ils s’opposent désormais à la conception même d’une révolution socialiste comme la révolution d’Octobre – leur groupe de jeunesse y fait encore référence dans son journal “red” (numéro d’été) mais c’est pour la dénaturer totalement en parlant à son propos du « rôle fondamental de la grève générale et de l’auto-organisation des travailleurs », où le parti bolchévique ne joue qu’un rôle anecdotique. Dans son rapport sur le récent congrès international du Secrétariat unifié, dont fait partie la LCR, publié dans leur revue Inprecor (mars-avril), François Vercammen écrivait que la nouvelle internationale qu’ils appellent de leurs vœux « ne ressemblera à aucune des précédentes, et certainement pas aux Internationales marxistes-révolutionnaires de type partidaire. [¼] [Leur organisation] n’est pas “le parti mondial de la révolution socialiste” (objectif qu’elle s’était fixée lors de sa constitution), ni même le noyau central d’un tel parti futur. »
Besancenot a diffusé un article dans Libération (11 juillet) pour pousser en avant la construction d’un « parti de la grève », et insiste en guise de bilan de la grève qu’elle cherche un « débouché politique ». Comme au Brésil ? Là-bas ils ont un membre dans le gouvernement de front populaire de Lula, Miguel Rossetto, qui est ministre « du développement rural chargé de la réforme agraire » – c’est-à-dire chargé de faire se tenir tranquilles les millions de paysans sans-terre, au besoin en envoyant la police militaire détestée ! Ce gouvernement capitaliste est en train de démanteler les retraites, avec le vote des députés brésiliens du Secrétariat unifié (à part deux abstentions, voir Informations ouvrières, 13-19 août) !
Lutte ouvrière : de l’opposition au vote Chirac à un bloc politique avec la LCR ?
Pour Lutte ouvrière (LO), qui a montré dans les manifestations de grévistes une influence importante dans de nombreux cortèges d’enseignants et aussi de travailleurs, la perspective se résumait à ce qu’il y ait un mouvement de la base assez fort pour forcer les directions syndicales à agir, ou pour les contourner : « œuvrer à la base pour que les grévistes généralisent eux-mêmes leur grève » (Lutte de Classe, numéro spécial d’été en guise de bilan de la grève). Lutte ouvrière évite ainsi le combat politique contre les bureaucrates syndicaux, et finit sur le fond par les exonérer : leurs quelques critiques finissent alors par servir de couverture aux mêmes bureaucrates. Déjà pendant la grève Arlette Laguiller avait écrit mensongèrement que « les directions syndicales [¼] entraînent à la lutte » (Lutte Ouvrière, 6 juin). Même après la défaite ils déclarent dans leur revue Lutte de Classe : « Les confédérations syndicales, et plus particulièrement la CGT, ont cependant contribué, bien malgré elles, à certains égards, à développer le mouvement. »
LO déclare que la CGT est un « syndicat réformiste », mais en réalité ils caressent dans le sens du poil les vieux staliniens réformistes anti-CFDT de l’appareil cégétiste : ils se plaignent simplement de « sa stratégie qui, depuis plusieurs années, s’aligne de plus en plus sur celle de la CFDT pour prôner une “stratégie de négociation”, au lieu de fixer comme objectif clairement annoncé la riposte générale du monde du travail et au lieu de proposer des actions allant clairement dans le sens de cet objectif. » « Plusieurs années » ? ? Est-ce qu’ils ont entendu parler des accords de Grenelle où la CGT a liquidé la grève générale de Mai 68 ? Pour LO, même une situation pré-révolutionnaire comme Mai 68 n’était en fait guère plus qu’une grosse grève qui a gagné quelques concessions économiques. Trotsky expliquait au contraire dans un texte de 1935 sur la France : « L’ importance fondamentale de la grève générale, indépendamment des succès partiels qu’elle peut obtenir, mais aussi ne pas obtenir, réside dans le fait qu’elle pose de façon révolutionnaire la question du pouvoir » (voir notre article « Syndicat et parti : le point de vue marxiste » paru dans notre précédent numéro pour un développement plus complet sur la question de la grève générale).
Lutte ouvrière écrit à juste titre que la CGT « n’a [pas] pour perspective la confrontation radicale de la classe ouvrière avec la bourgeoisie et son Etat. C’est une perspective qu’elle rejette au contraire, intégrée qu’elle est dans l’Etat de la bourgeoisie et dans ses institutions ». C’est pourquoi il faut lutter pour une direction révolutionnaire des syndicats, pas pousser comme LO la bureaucratie vers la gauche ou la contourner. Trotsky écrivait dans son article « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste » :
« Tout à fait possible est l’existence de syndicats révolutionnaires qui non seulement ne sont plus des soutiens de la police impérialiste, mais qui se fixent comme tâche de renverser directement le système capitaliste. A l’époque de l’impérialisme décadent, les syndicats ne peuvent être réellement indépendants que dans la mesure où ils sont consciemment dans l’action des organes de la révolution prolétarienne. Dans ce sens, le programme transitoire adopté par le dernier Congrès de la IVe internationale est non seulement le programme d’activité du parti mais, dans ses lignes essentielles, également le programme de l’activité syndicale. »
Mais LO au contraire n’a pas un mot sur la question cruciale de la conscience politique de la classe ouvrière. Ils se cachent derrière la conscience réformiste actuelle des ouvriers pour ne pas avancer de perspective révolutionnaire, et en dernier ressort servir de couverture de gauche à la bureaucratie syndicale. Ils concluent leur article de Lutte de Classe en avançant comme perspective, au cas où la mobilisation ouvrière reprend à l’automne, qu’elle devra mettre en avant « non seulement des revendications telles que le retrait de tous les plans anti-ouvriers du gouvernement, aussi bien celui déjà consacré par une loi pour ce qui est de la retraite, que celui encore à venir concernant l’assurance maladie, mais aussi qu’elle mette en avant des objectifs qui protègent les travailleurs contre les licenciements collectifs et le fléau du chômage. » On reconnaîtra là le fameux mot d’ordre de l’« interdiction des licenciements », que partage aussi la LCR, que régurgite aussi la GR, etc.
LO fait croire à ses jeunes membres qu’il s’agit là d’un mot d’ordre du programme transitoire de la IVe Internationale dont parle Trotsky. Quel grossier mensonge ! Le mot d’ordre de « l’interdiction des licenciements » contribue à propager des illusions dans la classe ouvrière qu’il serait possible d’abolir un mécanisme fondamental du système capitaliste – sans faire une révolution ! En fait, les licenciements sont, tout comme les crises économiques elles-mêmes, inhérents au capitalisme ; quelle que soit la démographie, les capitalistes font toujours en sorte qu’il y ait une armée de réserve de chômeurs pour faire pression sur les salaires à la baisse. Mais pour LO, si la classe ouvrière se mobilise suffisamment pour faire peur au gouvernement et aux capitalistes, ils donneront tout ce qu’on veut pour préserver leur système. L’essence même du programme de transition au contraire est de faire le pont entre le niveau de conscience actuel de la classe ouvrière et la prise de conscience qu’il faut une révolution communiste :
« La IVe Internationale ne repousse pas les revendications du vieux programme “minimum”, dans la mesure où elles ont conservé quelque force de vie. Elle défend inlassablement les droits démocratiques des ouvriers et leurs conquêtes sociales. Mais elle mène ce travail de tous les jours dans le cadre d’une perspective correcte, réelle, c’est-à-dire révolutionnaire. Dans la mesure où les vieilles revendications partielles “minimum” des masses se heurtent aux tendances destructives et dégradantes du capitalisme décadent – et cela se produit à chaque pas – la IVe Internationale met en avant un système de REVENDICATIONS TRANSITOIRES dont le sens est de se diriger de plus en plus ouvertement et résolument contre les bases mêmes du régime bourgeois. Le vieux “programme minimum” est constamment dépassé par le PROGRAMME DE TRANSITION dont la tâche consiste en une mobilisation systématique des masses pour la révolution prolétarienne. »
Ce programme développe toute une série de mots d’ordre, comme par exemple le partage du travail entre toutes les mains avec une échelle mobile des salaires et des heures de travail, une revendication vitale pour le prolétariat contre la gangrène du chômage. Le programme de transition, écrit par Trotsky en 1938 alors que les nazis avaient pris le pouvoir en Allemagne, déclare aussi : « La dénonciation intransigeante des préjugés de race et de toutes les formes et nuances de l’arrogance et du chauvinisme nationaux, en particulier de l’antisémitisme, doit entrer dans le travail quotidien de toutes les sections de la IVe Internationale comme le principal travail d’éducation dans la lutte contre l’impérialisme et la guerre. » Mais LO, dans ses éditoriaux pendant la grève, refusait semaine après semaine de parler d’autre chose que de la lutte économique des ouvriers pour que le gouvernement renonce à son plan de destruction des retraites. Un des secteurs les plus importants de travailleurs en grève c’étaient les cheminots et les agents de la RATP ; quand on discute avec ces travailleurs on peut souvent remarquer un obstacle immédiat qui obscurcit leur niveau de conscience : ils croient que Vigipirate, le plan de terreur raciste de quadrillage systématique des gares et moyens de transports, est là pour les protéger contre le « terrorisme » ; c’est ainsi que ces travailleurs se font enchaîner à l’Etat, voyant les flics comme étant de leur côté. Mais LO, qui est bien implantée parmi ces travailleurs, refuse de s’opposer à Vigipirate même sur le papier !
Lutte ouvrière déclare : « Certaines de ces mesures [de Chirac-Raffarin] reflètent l’obéissance directe à des exigences ou des desiderata du grand patronat ou des classes privilégiées. D’autres mesures, comme la démagogie sécuritaire, les lois répressives contre les pauvres ou les travailleurs immigrés, sont indifférentes au grand patronat et sont destinées surtout à plaire à l’électorat de droite et d’extrême droite (il est vrai que les deux aspects se recoupent souvent) » (Lutte de Classe, été 2003). Pour LO les mesures racistes sont donc essentiellement motivées par des questions électorales. C’est pourquoi dans la lutte des classes LO fait d’habitude disparaître ces questions, se contentant dans les grèves d’exhorter les travailleurs à lutter. Les cadres de LO dressent un portrait de nous comme des gens qui font une fixation sur Vigipirate et sont incapables de parler d’autre chose que de cela, tentant ainsi implicitement de justifier leur propre refus de s’opposer à Vigipirate. Mais chercher à mobiliser la classe ouvrière contre la terreur raciste qui vise notamment les jeunes d’origine maghrébine fait partie intégrante de la lutte pour que les travailleurs s’affranchissent politiquement des liens, comme le racisme, qui les enchaînent aux capitalistes.
Lutte ouvrière s’est distinguée pendant plus d’un an du marais pro-Chirac du PCF et de la LCR. Mais ils ont dès la fin des grèves du printemps entamé des pourparlers avec la LCR pour les élections¼ du printemps 2004. Il y a tout un échange de lettres grotesque entre LO et la LCR. LO commence le 28 juin en critiquant la LCR pour son vote Chirac, déclamant qu’il s’agit là d’une « trahison de vos idées [ ?] et des nôtres ». La LCR lui fait la réponse du berger à la bergère en démasquant fort justement le manque de principes de LO elle-même, faisant remarquer : « comment une organisation communiste, révolutionnaire, prolétarienne pourrait ne serait-ce qu’ envisager de mener des campagnes électorales communes avec une organisation composée de “traîtres chiraquiens” ? » (Rouge, 24 juillet) LO répond le 25 juillet en disant qu’effectivement le vote Chirac de la LCR en 2002 n’est pas un obstacle pour un bloc éventuel (« votre attitude à ce moment-là ne nous empêche pas d’envisager une campagne commune ») ; d’après LO, pour qu’il y ait accord entre les deux organisations la LCR n’est pas obligée de dénoncer son vote pour la droite, mais seulement de ne pas recommencer pendant la période de leur accord électoral ! Dans les copieuses lettres que LO et LCR se sont échangées pour tracer un programme commun électoral, il n’y a pas un seul mot contre le racisme, ni contre l’occupation coloniale de l’Irak, ni contre les troupes françaises en Afrique ! La volte-face de LO par rapport à la LCR montre maintenant que même l’opposition de LO au vote Chirac n’était pas une question de principe. Sous la pression de la vague massive de grèves, LO a glissé vers un « tous ensemble » avec la LCR pour dévier les luttes de la rue et des usines vers le parlement.
LO et la LCR sont certainement d’accord avec la CNT, quand celle-ci déclare : « La conscience des travailleurs se construit dans la grève et elle porte en elle sa propre capacité à imposer ses revendications (c’est nous qu’on bosse, qu’on produit, si on arrête¼ c’est pas au patronat, c’est pas à Matignon¼ la vraie démocratie elle est ici !) » (le Combat Syndicaliste, 17 juillet). Cet argument est entièrement faux, et les grèves récentes l’ont encore prouvé ; spontanément les travailleurs n’ont pas dépassé le cadre de la lutte pour repousser l’offensive patronale sur les retraites ; à aucun moment cette lutte ne s’est développée vers la compréhension qu’il faut renverser l’ensemble du système capitaliste. Et dans les moments de crise, les anarchistes ont toujours fait le contraire de ce qu’ils avaient préconisé dans les périodes calmes : lors de la révolution espagnole de 1936-1939 ils sont carrément entrés, de concert avec les staliniens ( !), dans le gouvernement bourgeois républicain qui étrangla la révolution.
La compréhension communiste ne peut en effet se baser que sur une profonde connaissance scientifique des rapports économiques et politiques entre les diverses classes sociales et couches sociales, et une telle connaissance, indispensable si l’on veut renverser l’ordre social existant, ne peut pas émerger spontanément de la lutte économique elle-même. Il faut pour cela l’intervention d’un parti révolutionnaire pour imprégner les travailleurs de cette conscience, contre l’idéologie dominante propagée par la classe dominante avec son armée de professeurs et de journalistes et avec ses représentants dans la classe ouvrière. Lénine écrivait :
[…] « Tout rapetissement de l’idéologie socialiste, tout éloignement vis-à-vis de cette dernière implique un renforcement de l’idéologie bourgeoise. On parle de spontanéité. Mais le développement spontané du mouvement ouvrier aboutit justement à le subordonner à l’idéologie bourgeoise [¼], car le mouvement ouvrier spontané, c’est le trade-unionisme [syndicalisme], la Nur-Gewerkschaftlerei ; or, le trade-unionisme, c’est justement l’asservissement idéologique des ouvriers par la bourgeoisie. C’est pourquoi notre tâche, celle de la social-démocratie [les révolutionnaires de l’époque], est de combattre la spontanéité, de détourner le mouvement ouvrier de cette tendance spontanée qu’a le trade-unionisme à se réfugier sous l’aile de la bourgeoisie et de l’attirer sous l’aile de la social-démocratie révolutionnaire. »
C’est cette perspective qui a guidé notre intervention parmi les grévistes. Nous sommes encore un très petit groupe de propagande et nous avons de nombreux obstacles devant nous dans le mouvement ouvrier : les réformistes du PS et du PCF, mais aussi les pseudo-trotskystes et les « syndicalistes révolutionnaires » et anarchistes. Nous cherchons à construire dans la lutte avec ces groupes le parti qui dirigera la classe ouvrière ici et internationalement à de nouvelles révolutions d’Octobre. Rejoignez-nous !
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/FrontPage-165.html
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Analyse d'un solidaire: retour sur la convergence

Plusieurs personnes de ce sub, dont tout récemment redalastor, m'ont adressé la critique suivante:
Plus la campagne progresse et plus tu échanges pro-QS contre anti-PQ.
Or, ce n'est pas faux, et je m'en excuse, puisque cela n'a jamais été ma position.
Je vais essayer de rectifier le tir.
A cette fin, je vous propose donc une mini analyse concernant la tentative de convergence de QS et du PQ - bien évidemment le tout selon mon propre point de vue qui n'engage que moi en tant que militant solidaire. Ce que je vais essayer de faire, c'est de faire une réflexion plus générale sur c'est quoi une négociation, une tentative d'alliance.
Au départ il y a deux formations.
QS est une formation plus jeune que le PQ, aux idées moins traditionnelles, idéaliste, et utilisant une structure de démocratie participative qui ressemble beaucoup à l'organisation de la CLASSE en 2012, une pyramide inversée avec les militants au dessus et les portes paroles en bas. C'est une formation qui s'est essentiellement formée à partir du moment ou Lucien Bouchard a tiré le PQ vers la droite, en réponse à un besoin d'une gauche plus décomplexée. Sa base rassemble non seulement la gauche plus prononcée au Québec, mais aussi des éléments anti-capitalistes, anti-racistes et pro-environnement. Au moment de la tentative de convergence, régnait néanmoins au sein de QS un flou quant à l'orientation souverainiste de QS, cette formation n'étant pas encore fusionnée avec ON; deux camps assez divergeant entre la forme d'une constituante, ayant ou non un mandat souverainiste clair, étant en opposition à l'interne du parti (bien qu'il a toujours été clair que le programme de QS ne peut pas se réaliser sans indépendance). Au moment de cette histoire, le parti avait 3 députés élus en chambre et un peu moins que 20,000 militants.
Le PQ est une formation plus expérimentée; elle a connu un énorme succès avec René Levesque dans les années 70 alors qu'il réussissait un coup de maître non seulement pour se faire élire, mais pour réaliser une véritiable mini révolution tout en nationalisant notre hydro électricité. Ses positions de l'époque ont aussi été enlignées vers le centre gauche; Son projet souverainiste a marqué l'histoire en rassemblant énormément de militants de l'époque autour du concept d'indépendance, ce qui a mené par deux fois à un référendum. La venue de Lucien Bouchard a divisé les militants péquistes et réorienté le PQ vers un virage plus à droite; par la suite il y a eu plusieurs étapes successives difficiles marquées par le gouvernement minoritaire de Marois, la charte de Drainville, l'arrivée éclair de PKP, et la remise de l'indépendance dans un deuxième mandat comme stratégie électorale. Malgré ce flou autour de ses orientations et politiques, le PQ conserve une base militante énorme (on m'a dit 80,000 militants, je ne sais pas si ce chiffre est bon) et une machine électorale forte sur le terrain. Le PQ récent s'est aussi doté d'une programme beaucoup plus progressiste qu'il ne l'a jamais été depuis Lucien Bouchard, programme que nous avons découvert dans cette campagne mais, j'imagine, qui était en construction déjà avant l'arrivée de la tentative de convergence.
NOTE: j'ai essayé de rester le plus positif possible au niveau des description des deux formations, sans pour autant prétendre que je ne suis pas biaisé, mais en essayant d'être factuel. Je suis ouvert aux propositions factuelles si j'ai dit quelque chose de faux.
Être un ambassadeur dans une négociation délicate
A partir d'ici on entre dans la fiction. Voici comment je vois les choses: former une alliance électorale entre QS et le PQ, aussi ponctuelle soit-elle, c'est un peu comme dans Star Trek: Next Generation, dans l'épisode "Loud as a whisper" dans lequel l'ambassadeur Riva, qui devient sourd après la perte de ses symbiotes, doit pourtant négocier la paix après une centaines d'année de guerre entre deux tribues rivales sur la planète Solais.
Qu'est-ce qu'on apprend du délicat processus de négociation? Ça prend un ambassadeur de confiance entre les partis. L'ambassadeur doit apprendre le langage des deux partis et être capable de le parler. Il doit aussi écouter, comprendre ce qui est fondamental pour l'un et l'autre, et proposer des solutions gagnant-gagnant. Et c'est dans l'apprentissage commun - dans le chemin, donc, et non dans son aboutissement - que réside la véritable transformation des mentalités, que se construit la confiance et donc, que s'établie la véritable alliance.
C'est sur que dans cette histoire là, il n'y a pas vraiment eu d'ambassadeur externe; à la place c'est le chef du PQ qui a demandé (corrigez moi si je me trompe) cette alliance. Il a donc joué le rôle de cet "ambassadeur" qui est venu demander la paix à la tribue ennemie. Bien qu'il ne soit lui même pas un parti neutre, on peut tout à fait envisager qu'un ambassadeur du PQ viennent négocier avec QS pour une alliance, je pense qu'il est tout à fait possible pour un leader de bonne volonté de laisser au moins partiellement de coté sa non neutralité pour négocier de bonne foi.
il était une fois le OUI Québec
En parallèle, des négociations ont été demandées par un ambassadeur d'un tiers parti - mais pas pour l'alliance électorale entre QS et le PQ. Il s'agissait d'un regroupement externe de tous les acteurs, politiques ou non, désirant se mettre d'accord sur comment une démarche d'indépendance pourrait se faire. Cet ambassadeur demande donc un représentant de chaque parti politique afin de négocier les termes de la feuille de route. QS y envoi ses portes paroles, et le PQ son chef.
Les portes paroles de QS expliqueraient alors à tous dès le début qu'ils n'ont qu'un rôle de porte parole et qu'ils ne pourront pas signer cette entente. Le processus est qu'ils vont négocier jusqu'à arriver à une entente la plus proche possible de leur mandat, puis retourner à l'assemblée des délégués (dont la date prochaine est connue) pour la soumettre au vote. Si ce vote est un oui, alors l'entente sera signée.
Une fois le processus terminé, les portes paroles auraient alors présenté l'entente tel qu'expliqué et cela aura permis à un vote du congrès de l'entériner ou non. Ce choix aurait été à l'ordre du jour avant toute discussion sur une possible convergence.
Il était une fois la convergence
Du coté de la convergence, l'ambassadeur péquiste aurait commencé par faire une demande à QS pour les rencontrer à huis clos afin de faire le premier pas pour demander cette alliance. Aucune annonce n'aurait été faite aux médias ou au grand publique. En effet, les négociations délicates doivent se passer hors du grand public, d'abord pour préserver la réputation et la dignité de chaque parti quelque soit le résultats de ces négociation, et aussi pour éviter que des initiatives militantes échauffées de part ou d'autre fasse dérailler ce processus.
En huis clos donc, et avant toute implication médiatique, l'ambassadeur, avec son exécutif, aurait rencontré les portes paroles de QS et son comité de coordination. Les craintes de chacun auraient alors été placées sur la table. QS a deux conditions minimales: l'alliance de doit pas résulter dans sa destruction, et il doit partager le pouvoir avec le PQ en cas de gain, sur une base qui reste à déterminer. Pour ne pas s'auto détruire, QS doit s'assurer qu'une alliance avec le PQ ne résultera pas dans une association avec des positions trop éloignées de sa base, ce qui touche à deux grandes catégories de négociations:
L'ambassadeur péquiste reconnaîtrait l'importance de ces enjeux pour QS et chercherais à offrir quelques garanties. Il pourrait aussi exprimer ses propres enjeux et revendications (n'étant pas moi même un militant péquiste, je ne peux pas les écrire ici).
Ces négociations peuvent durer plusieurs mois, surtout si il faudra retourner vers l'assemblée des délégués de QS pour entériner l'accord final, celui ci ne pouvant pas se faire chez QS sans cela. Mais cet espace de temps assez long n'est pas vide, au contraire, l'ambassadeur sait qu'il a du pain sur la planche pour créer un contexte favorable à cette négociation. Il met donc en place un plan concerté qui met en action ses promesses et sa bonne foi pour démontrer qu'il est sérieux dans sa démarche. Voici ce que les deux formations font dans ma version de l'histoire:
Science fiction?
Oui, la réalité est bien loin de cette fiction, tant d'un coté que de l'autre. Mais je reste convaincu que cette marche à suivre est possible et j'espère que si le PQ peut changer de chef, une telle démarche restera possible dans le futur.
Qu'en pensez vous?
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Article de Mediapart sur la marche

Mélenchon fait le plein et plaide pour sa VIe République
19 MARS 2017 | PAR STÉPHANE ALLIÈS
Plus de 100 000 « insoumis » ont défilé un brin anarchiquement de la place de la Bastille à celle de la République, à Paris, ce samedi. Au micro, Jean-Luc Mélenchon a détaillé les grands axes du changement de régime qu’il appelle de ses vœux, et les mesures d’urgence qu’il entend adopter en attendant que « l’assemblée constituante » prenne « le temps de faire son travail en écoutant le pays ».
Tous devant, et lui derrière. Vu de la place de la Bastille, le plumitif a pu un temps croire que la marche pour la VIe République organisée par « La France insoumise », le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, n’allait pas rencontrer le succès espéré par son tribun de héraut. Autour de la colonne du Génie de la Bastille, où il avait organisé et conclu la première édition de ce défilé de campagne présidentielle en 2012, les rangs étaient clairsemés, et parmi eux l’on croisait nombre de communistes faisant part de leurs difficultés à trouver leur place dans une campagne où l’on ne semble pas vouloir de leur soutien, ni de leur service d’ordre. En fond, la sono alterne le tube Hypocrites, remake façon PNL d’un discours de Mélenchon, et une vieille version de la Carmagnole.
Jean-Luc Mélenchon dans le “carré de queue” du cortège, le 18 mars 2017 à Paris. © S.A
Le « carré de tête » de la manifestation prend son temps pour démarrer, les séances photos s’éternisent parmi les VIP de l’insoumission mélenchonienne. Le psychanalyste Gérard Miller embrasse Clémentine Autain, Pierre Laurent se place au troisième rang en arborant un sourire en coin figé. L’ancienne présidente du parlement grec Zoï Konstantopoulou croise la conseillère régionale Corinne Morel-Darleux, Martine Billard salue ses camarades écolos comme le député Sergio Coronado ou Patrick Farbiaz, un très proche de Noël Mamère. L’actrice de télévision Sophie de La Rochefoucauld côtoie le syndicaliste Xavier Mathieu et l’ancien eurodéputé socialiste Liêm Hoang-Ngoc, aux côtés des proches de Mélenchon, qui l’accompagnent depuis 2012, ou depuis la création du PG, voire du PS. Mélenchon arrive au bras de la philosophe Chantal Mouffe (qui a longtemps inspiré et soutenu Podemos). Mais derrière ce beau monde, plus grand monde.
© S.A
Par curiosité, on avance de quelques mètres devant cette tête de cortège, pour se poster au-delà des photographes professionnels et militants curieux. Dix mètres, 50 mètres, 500 mètres, un kilomètre. Le carré de tête est en fait devenu le carré de queue. Devant lui, on remonte une flânerie militante joyeuse mais désordonnée, chantonnant par-ci par là, mais sans sono, et marchant à une cadence élevée. Des « Résistance ! Résistance ! » épars et spontanés rythment régulièrement la déambulation. Certains ont bossé des chansons, détournant la Marseillaise : « Aux uuurnes citoyens ! Gagnooooons les élections ! » Le nombre de drapeaux français est impressionnant, pour un cortège de gauche.
Des militants revêtus de chasubles au portrait esquissé de Mélenchon vendent des livrets thématiques sur le programme, tandis que d’autres distribuent des pancartes aux slogans multiples. On y lit une multitude de promesses du projet « L’avenir en commun ». « Inéligibilité des corrompus » ; « Fin du contrôle au faciès » ; « IVG dans la constitution » ; « Non-cumul des mandats » ; « Droit de vote à 16 ans » ; « Protéger les biens communs ». Ou plus prosaïquement, « Du balai ! ».
Un étudiant niçois, Mathieu, réalise au niveau du Cirque d’hiver, non loin de l’arrivée du défilé place de la République, que Mélenchon vient juste de partir de Bastille. Autour de lui, aucun service d’ordre avec qui communiquer. Un vieux militant algérien aide à la décision. « Je ne suis pas français, mais si vous voulez mon avis, il faudrait vous mettre en ligne et vous arrêter », dit-il. Avec quelques copains du « groupe niçois » dont un a un mégaphone, Mathieu parvient à canaliser le flux anarchique devançant l’orateur de la journée.
Mathieu Mercuri, non loin du cirque d'hiver, le 18 mars à Paris © S.A
Un peu partout dans le cortège, d’autres Mathieu ont sans doute goûté à cette auto-organisation à laquelle les appelle sans cesse Jean-Luc Mélenchon. La marche redevient alors plus classique et retrouve ses rituels. Des chants fusent et sont allègrement repris. « Si tu aimes Jean Jaurès, quitte le PS… Si tu aimes le Medef, reste au PS… ».
Tant bien que mal, le cortège ralentit. Mais Mélenchon arrivera quasiment en dernier place de la République. Près de 300 militants étaient mobilisés pour assurer le service d’ordre, mais sans être forcément des plus expérimentés. Un jeune membre du SO confie : « On a voulu sécuriser en priorité la place, et autour du candidat. » En même temps, aucun incident n’est à déplorer, et tout l’après-midi s’est passé sans encombre et même joyeusement.
Un hologramme old school de Jean-Luc Mélenchon, le 18 mars à Paris. © S.A
Croisée peu avant sur la place de la République, Charlotte Girard sait qu’elle va parler devant une foule nombreuse. La responsable du programme de La France insoumise, et « madame loyal » des meetings de Mélenchon, sourit quand on s’amuse à imaginer le sentiment du candidat, lui qui aime tant les organisations bien tenues. « On a toujours voulu être submergé par une marée citoyenne », sourit-elle. Au micro, elle donnera le chiffre de 130 000 participants. La place est en effet entièrement remplie et déborde sur une grande partie des rues et boulevards adjacents. À l’annonce, un militant s’étonne : « C’est moins que la dernière fois, en 2012, ils avaient dit 150 000. » « Oui mais la dernière fois, ils avaient gonflé les chiffres », rétorque sa voisine, le laissant dubitatif.
Une fois parvenu à République, Jean-Luc Mélenchon s’enferme dans la tente qui lui sert de loge d’avant meeting. Le temps qu’il se prépare, une chorale insoumise fait entonner à l’assistance du Bernard Lavilliers, après la diffusion d’un message de soutien à Mélenchon. La chanteuse Nawel Dombrowsky reprend le Temps des cerises. Le comédien Sam Karmann communique son enthousiasme, l’écrivain Laurent Binet lit du Pablo Neruda et Gérard Miller chauffe l’ambiance en sonnant la charge contre le vote utile. Avant que Mélenchon ne s’élance, porté par cette « vague qui nous porte » et qu’il juge « inépuisable ».
« D’une monarchie présidentielle à une République sociale »
Comme en 2012, le discours de Mélenchon commencera par une adresse à la statue républicaine qui lui fait alors face. Le « Regardez-la, Marianne, qui porte fièrement le bonnet des affranchis » a remplacé le « Ô, génie de la Bastille ». L’hommage au jour anniversaire de la Commune de Paris est aussi ressorti. « Nous sommes la révolution citoyenne toujours recommencée et nous avons besoin de sentir notre force, car elle est le recours dont dispose la France en toutes circonstances », lâche « l’insoumis ». Après avoir rappelé que tous ici n’étaient « pas là pour un personnage, mais pour un programme », Mélenchon dit vouloir incarner « l’insurrection citoyenne contre la monarchie présidentielle », en proposant une « sortie de l’impasse » et une rupture avec « le dogme grossier selon lequel les marchés financiers seraient les seuls régulateurs légitimes de la civilisation ».
Pour convaincre un nombre d’électeurs permettant d’atteindre le second tour, Mélenchon articule sa promesse d’assemblée constituante avec celle d’un programme d’urgence. « Il faut mener les deux de front, dit Raquel Garrido, chargée de la VIe République chez les « insoumis ». Pour que la constituante se passe bien, il faut que le peuple vive mieux, ou que les médias soient indépendants. » « Ce ne sont pas deux processus parallèles, explique Manuel Bompard, le directeur de campagne. Pour que la constituante se passe bien, il faut créer les conditions de l’implication citoyenne, en montrant que nous sommes prêts à changer les choses. Pour que les gens s’intéressent et s’approprient ce passage d’une monarchie présidentielle à une République sociale. »
Une heure de discours durant, Mélenchon va dire un peu de ce qu’il entend faire en attendant que « l’assemblée constituante » prenne « le temps de faire son travail en écoutant le pays ». Sans jamais nommer Marine Le Pen (ni tout autre adversaire, d’ailleurs), il dit aussi la nécessité de changer de République pour « ne pas laisser la monarchie présidentielle dans les mains d’apprentis sorciers ». À ses yeux, « écrire une constitution, c’est décrire le type de société dans laquelle on veut vivre ». Et cela passe selon lui par une contre-offensive sur les questions sociales et sur l’Union européenne, assortie d’une bonne dose de souverainisme patriotique.
Les lois Macron et El Khomri seront abrogées, car « la loi voulue par le peuple doit de nouveau être au sommet de la hiérarchie ». L’Union européenne et ses traités ? « Il faut que tout soit désobéi (sic) et rediscuté », dit-il, promettant que lui élu, les futures négociations et les traités seraient toujours soumis à référendum. Quant aux traités de libre-échange entre l’Europe et d’autres pays, il n’en signera « aucun avec qui que ce soit », et refusera de signer le Ceta (celui avec le Canada). Il refuse également tout net toute politique de défense européenne. « L’Europe de la défense, c’est l’Europe de la guerre, dit-il. Contre qui ? Avec qui ? Pourquoi faire ? Nous connaissons trop bien ces engrenages où plus personne ne contrôle plus rien. » Il se prononce aussi pour une sortie de l’Otan, et refuse de s’aligner « derrière les empires qui dominent le monde », préférant une « politique de non-alignés » et une France « indépendante politiquement et militairement ».
Pour Mélenchon, la nouvelle constitution française devrait avoir le souci de « maintenir en toutes circonstances une capacité d’intervention directe du peuple ». Il égrène ensuite quelques-unes des orientations qu’il entend donner à sa VIe… Référendum révocatoire « pour n’importe quel élu, du maire au président » ; laïcité intégrale et « abrogation de tous les régimes concordataires, en Alsace comme en Guyane », droit à l’avortement inscrit dans le texte fondamental. Règle verte (permettant la planification écologique). Il y a aussi « le droit au suicide assisté » (dont il avait déjà parlé en 2012 à la Bastille), mais cela il le proposera « et l’assemblée en disposera », dit-il. Puis il conclut en haranguant la foule. Quand celle-ci crie « Résistance ! », il lui propose de crier désormais « Dégager ! ».
“Mélenchons-nous !”, le 18 mars à Paris. © S.A
Dans la foule, Pierre Laurent n’est qu’un « insoumis » comme les autres. Le secrétaire national du PCF se félicite que « la mobilisation réussie d’aujourd'hui remplisse l’objectif essentiel : envoyer un signal de rassemblement et intensifier les contacts directs sur le terrain, avec les citoyens ». Dans son entourage, on ne cache pas qu’« il y a encore du travail » avant que la dynamique prenne. Beaucoup racontent les retours locaux de « situations très tendues » entre militants communistes et membres de La France insoumise.
Les récits d’affichages d’« insoumis » recollant ceux du PCF (pourtant en faveur de Mélenchon), ou de communistes jugés indésirables lors de tractages sur les marchés, ne sont finalement qu’une illustration à la base du blocage sur la question des législatives, où La France insoumise comme le PCF ont désigné chacun leur candidat dans la quasi-totalité des 577 circonscriptions. Pour l’heure, la seule concession qu’accepte de faire La France insoumise vis-à-vis du PCF est celle d’une non-candidature concurrente dans quinze circonscriptions. En échange d’un geste réciproque de la part de Colonel-Fabien. Au pied de la tribune, un communiste répond à un jeune homme lui demandant « pourquoi Pierre Laurent n’est pas sur la tribune avec les autres ? ». « Parce qu’on n’est pas invité… Mais va leur dire, si tu trouves ça dommage », rit-il jaune.
Dans la soirée, le PCF a publié un communiqué pour rappeler sa contribution « décisive » à la campagne de Mélenchon, en l’espèce ses 416 parrainages d’élus PCF, sur 805 signatures au total. Ils y disent aussi leur intention de « porter cette candidature avec esprit de rassemblement » tout en continuant à « travailler à la construction d’une majorité de progrès avec toutes les forces de gauche engagées (…) dans la rupture avec l’austérité, la relance sociale, écologique et industrielle, la construction d’une nouvelle République ». « L’heure n’est pas à la guerre des gauches, assure Laurent. Il faut dialoguer et se mettre en mouvement, car on sent la très grande incertitude dans l’électorat. »
Pour l’entourage de Jean-Luc Mélenchon, l’optimisme bat son plein. Plus de mille volontaires ont participé à l’organisation de cette marche, mobilisant notamment deux cents cars dans toute la France pour un résultat réussi. « Le moment a été pensé comme décisif, pour agir comme une force propulsive vers la dernière ligne droite, estime Éric Coquerel, co-dirigeant du PG, mais il l’est encore plus quand on voit que la campagne ne démarre finalement que maintenant. » « La foule d’aujourd’hui, ça vaut mille sondages », s’enthousiasme Raquel Garrido. Pour le directeur de campagne Manuel Bompard, « la VIe République permet de donner un cadre général de convictions, alors qu’on entre dans le dernier mois, et que les discussions sur les programmes n’ont pas eu lieu et que tout le monde a envie de débat politique ». « Notre projet est notre force face à tous les autres, que le flou arrange, dit Coquerel. On a peut-être l’espoir de retrouver l’atmosphère de 2005 et du non au référendum. »
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L’« unité nationale » est un leurre ! Pour une lutte de classe contre le pouvoir capitaliste ! Syriza : Ennemi de classe pour les travailleurs et les opprimés de Grèce (Juin 2015)

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Le Bolchévik nº 212 Juin 2015
A bas l’Union européenne impérialiste !
Cet article a été publié par nos camarades du TOE (Groupe trotskyste de Grèce) et diffusé le Premier Mai à Athènes et Salonique.
22 avril – La victoire électorale de Syriza le 25 janvier a soulevé l’espoir d’un peu de répit chez beaucoup de travailleurs accablés par la crise économique et l’austérité imposée par l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI). Moins d’un mois après cette victoire, Syriza capitulait et acceptait une prolongation pour quatre mois des termes du mémorandum [accord signé en 2011 avec les impérialistes]. Il est déjà revenu sur de nombreuses promesses préélectorales. Malgré cela, beaucoup de travailleurs gardent encore l’espoir d’une amélioration au niveau de l’emploi, des salaires et des retraites, et ils ont la perception qu’au moins Syriza essaie de tenir tête à la troïka [Banque centrale européenne, Commission européenne, FMI]. Mais tôt ou tard il deviendra clair que Syriza ne peut pas remplir ses promesses. Parce que, comme nous l’expliquons dans notre déclaration pour les élections (voir le Bolchévik n° 211, mars), Syriza non seulement « s’est engagé à maintenir la Grèce dans l’UE, ce qui est une promesse d’imposer encore davantage la faim et le chômage, mais aussi parce qu’il ne représente en rien les intérêts de la classe ouvrière ».
Syriza a toujours promis de préserver le système capitaliste et de maintenir la Grèce dans l’UE et la zone euro. Cela signifie se soumettre aux objectifs de l’UE, à savoir de maximiser les profits capitalistes en détériorant les conditions de travail et de vie des ouvriers et des opprimés dans toute l’Europe, y compris dans les pays impérialistes comme l’Allemagne. Cela signifie aussi faire payer par les travailleurs les dettes accumulées par les capitalistes et leurs banques, ces parasites. Ce ne sont pas seulement les impérialistes, mais aussi la classe capitaliste grecque, qui ont profité de la destruction des droits des travailleurs et de l’austérité imposées par l’UE.
Notre parti, la Ligue communiste internationale, a toujours été contre l’UE impérialiste et l’euro – y compris nos sections dans des pays impérialistes comme l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne. Pour nous l’UE est un consortium instable de puissances capitalistes : elle est basée sur des Etats-nations capitalistes et elle est dominée par les impérialistes, centralement l’Allemagne. L’UE est donc une union d’exploiteurs capitalistes contre les ouvriers pour gagner en compétitivité vis-à-vis de leurs rivaux tels que les Etats-Unis et le Japon. Pour cette raison, on ne peut pas réformer l’UE pour en faire une Europe « sociale » au service des travailleurs, contrairement à ce que prétendent Syriza et d’autres. A bas l’UE impérialiste !
Pour les élections du 25 janvier nous avons donné un soutien critique au Parti communiste (KKE) réformiste, du fait que nous nous opposons par principe au parti bourgeois Syriza et à l’UE impérialiste. Mais, comme nous l’expliquons dans notre propagande, nous avons appelé à voter pour le KKE tout en critiquant vivement son programme populiste nationaliste, qui constitue un obstacle à la lutte pour la révolution socialiste. Nous nous sommes opposés à donner la moindre voix à Syriza ou à toute organisation de gauche réformiste à ses basques, comme Antarsya. Et nous sommes irréconciliablement hostiles à ce gouvernement capitaliste soi-disant « de gauche ». Aucun soutien au gouvernement Syriza !
Les marxistes ne donnent de soutien à aucun gouvernement capitaliste, qu’il soit dirigé par un parti bourgeois comme Syriza ou même par un parti ouvrier réformiste comme le KKE. Cela vaut aussi bien au niveau national que local. Contrairement aux soi-disant marxistes qui font croire que les ouvriers peuvent s’emparer de l’Etat existant, Marx a expliqué dans la Guerre civile en France (1871) que « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l’appareil d’Etat et de le faire fonctionner pour son propre compte ». Et, comme le disait Lénine dans l’Etat et la révolution (1917), la classe ouvrière doit « briser la machine d’Etat bourgeoise » et la remplacer par sa propre dictature de classe, la « dictature du prolétariat », basée sur des organes de pouvoir ouvrier tels que les soviets. A l’opposé de cette conception, les réformistes d’Antarsya ou autres répandent l’illusion que l’on pourrait faire pression sur ce gouvernement bourgeois pour qu’il réforme le capitalisme grec dans une direction socialiste. Les illusions populistes nationalistes répandues par la gauche, y compris le KKE, sont également contraires au marxisme et au léninisme en ceci qu’elles dissolvent la puissance sociale de la classe ouvrière dans un « peuple » grec où tous auraient soi-disant des intérêts nationaux communs contre les impérialistes et les grands monopoles.
Le combat léniniste pour l’indépendance de classe du prolétariat
La Révolution d’octobre 1917 est la seule révolution ouvrière victorieuse dans l’histoire ; si elle a gagné, c’est parce qu’avait été forgé un parti d’avant-garde léniniste, qui s’était battu pour maintenir une totale indépendance politique et organisationnelle du parti ouvrier vis-à-vis de toutes les forces bourgeoises et petites-bourgeoises. Lénine écrivait dans une polémique contre les menchéviks : « Car l’ouvrier qui réfléchit sait que les plus dangereux des conseilleurs, ce sont précisément ces amis libéraux des ouvriers qui se chargent de défendre les intérêts de ces derniers et qui détruisent, en fait, l’indépendance de classe du prolétariat et son organisation » (« Tentatives de corruption des ouvriers par des thèses libérales », 31 janvier 1914). C’est une question vitale pour les révolutionnaires : quelle est la classe sociale dont un parti ou un mouvement représente vraiment les intérêts, même s’il tient un langage de gauche.
Une grande partie de la gauche grecque, y compris le KKE, présente à tort Syriza comme un parti ouvrier réformiste ou social-démocrate. Mais les partis de ce genre ont une base dans la classe ouvrière et une direction procapitaliste. Syriza n’a jamais eu de racines dans la classe ouvrière et il représente ouvertement les intérêts de classe de la bourgeoisie. La base de Syriza se trouve depuis le début dans la petite bourgeoisie : étudiants, petits entrepreneurs, agriculteurs et professions libérales et intellectuelles comme les médecins, les avocats et les enseignants. Pourquoi est-ce important ? Parce que, contrairement au prolétariat, cette section hétérogène de la société n’a pas d’intérêts de classe indépendants. Les couches supérieures de la petite bourgeoisie sont directement liées à la grande bourgeoisie alors que ses couches intermédiaires sont pressurées par les grands capitalistes. Même si les couches inférieures de la petite bourgeoisie sont souvent opprimées sous le capitalisme, elles n’ont pas d’intérêt de classe direct dans le renversement du capitalisme, et de ce fait elles tendent à suivre la bourgeoisie dans leur vision politique.
Dans la société capitaliste, ce qui distingue le prolétariat est son rapport avec les moyens de production ; son travail dans la grande industrie est la source des énormes profits de la classe capitaliste, provenant de l’exploitation de l’ouvrier qui ne possède rien à part sa force de travail. Cela donne au prolétariat le pouvoir d’arrêter le flux des profits de la bourgeoisie en faisant grève. De plus, le prolétariat ne peut en finir avec son exploitation qu’en détruisant la propriété privée des moyens de production, en arrachant usines, mines et banques des mains des capitalistes et en les mettant à disposition de la société dans son ensemble – la collectivisation. C’est la raison pour laquelle seul le prolétariat a la force autant que l’intérêt historique de mener une révolution socialiste. Cette révolution non seulement en finira avec l’exploitation de classe, mais elle posera aussi les bases de l’élimination de toutes les formes d’oppression capitaliste dont souffrent les masses, notamment l’oppression des femmes et l’oppression raciale et nationale. La révolution socialiste mènera ainsi à la libération des couches opprimées de la petite bourgeoisie.
Contrairement au mythe propagé par la gauche grecque selon lequel la révolution sera menée par le « peuple », Marx écrivait dans le Manifeste du Parti communiste (1848) :
« De toutes les classes qui, à l'heure actuelle, s'opposent à la bourgeoisie, seul le prolétariat est une classe vraiment révolutionnaire. […] Les classes moyennes, petits industriels, petits commerçants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie pour sauver leur existence de classes moyennes du déclin qui les menace. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat […] ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer sur celui du prolétariat. »
Par conséquent, la bataille pour renverser le capitalisme n’oppose pas le « peuple » révolutionnaire aux monopoles, mais les deux classes fondamentales et antagoniques sous le capitalisme : le prolétariat et la bourgeoisie. Le prolétariat doit chercher à gagner à son côté dans cette bataille les couches opprimées de la petite bourgeoisie. Mais il ne peut y parvenir qu’en combattant pour une solution révolutionnaire à la crise capitaliste et en montrant qu’on ne peut en finir avec l’oppression des masses que si la classe ouvrière prend le pouvoir et exproprie la bourgeoisie.
La gauche réformiste baigne dans l’« unité nationale »
La troïka a jusqu’à présent bloqué le projet de Syriza de donner quelques miettes aux travailleurs pour stabiliser l’ordre capitaliste en Grèce. Dès lors Syriza est contraint de recourir de plus en plus à l’idéologie du nationalisme pour rassembler les travailleurs derrière la bourgeoisie grecque. Le nationalisme est une idéologie bourgeoise mensongère selon laquelle les ouvriers ont un intérêt national commun avec leurs propres exploiteurs capitalistes. C’est le genre de poison que distille Syriza. Non seulement il a donné le Ministère de la Défense aux Grecs indépendants (ANEL, un parti anti-immigrés, antijuif et homophobe), mais dès son arrivée au pouvoir le nouveau gouvernement a tenu à démontrer de façon ostentatoire sa haine nationaliste de la Turquie avec le voyage de Kammenos [le ministre grec de la Défense] à Imia [un îlot revendiqué par la Grèce et la Turquie] et la visite de Tsipras à Chypre pour dénoncer les « provocations » turques.
L’engagement de Syriza de rester dans l’UE était aussi un engagement à continuer à contrôler les frontières de la forteresse Europe raciste pour en empêcher l’entrée aux victimes des guerres et des famines causées par les impérialistes, qui de désespoir risquent leur vie pour essayer de venir ici depuis l’Asie, le Proche-Orient ou l’Afrique. Syriza avait prétendu qu’il contribuerait à améliorer le sort des immigrés, mais cette hypocrisie est mise à nu par la poursuite des raids policiers anti-immigrés et la collaboration avec les agences impérialistes comme Frontex. La classe ouvrière doit combattre les manœuvres de la bourgeoisie grecque pour diviser afin de mieux régner en faisant des immigrés des boucs émissaires. Nous disons : Pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés ! Non aux expulsions !
Loin de s’opposer à la campagne d’ « unité nationale » du gouvernement pour sauver le capitalisme grec, une bonne partie de la gauche a couru les manifestations progouvernementales, comme celle du 11 février place Syntagma [à Athènes]. Derrière des mots d’ordre inspirés des discours de Tsipras au parlement, comme « On ne nous fera pas chanter ! », des milliers de personnes ont pris part à des manifestations où abondaient les drapeaux grecs, pour montrer aux impérialistes que le « peuple » grec soutient le gouvernement dans ses négociations avec la troïka. Mais l’objet des négociations de la Grèce avec la troïka est la perpétuation de l’asservissement de la Grèce par les impérialistes, et non pas son arrêt. Tout ce que Syriza veut, c’est renégocier les termes de l’oppression.
Antarsya a montré au grand jour ses illusions dans le gouvernement Syriza en appelant le peuple à manifester le 11 février : « Le gouvernement doit satisfaire immédiatement les revendications du mouvement de masse. » Le Parti ouvrier révolutionnaire (EEK) n’a pas voulu être en reste de l’épanchement d’« unité nationale » derrière Syriza ; il a pris part aux manifestations progouvernementales de février, qu’il a saluées en les caractérisant d’« éclatante réponse combative à la troïka du capital » (« Non au chantage des voleurs impérialistes ! », Nea Prooptiki, 15 février). L’EEK revendique abusivement l’héritage de la Quatrième Internationale de Trotsky qui, dès sa fondation, s’était opposée aux alliances de « front populaire » entre des partis ouvriers et des forces bourgeoises. Mais c’est précisément à un front populaire que l’EEK a appelé en exigeant que Syriza, une formation bourgeoise, forme un gouvernement avec le KKE, un parti ouvrier réformiste (« Nous sommes heureux et nous demandons », 30 janvier).
Le KKE n’a pas pris part à cette débauche d’unité nationale et il s’est opposé aux manifestations de « consensus national » de la coalition gouvernementale. Mais dès qu’il s’agit de défendre les frontières de la Grèce capitaliste, et même sous un ministre d’extrême droite à la Défense nationale, le KKE stalinien range au placard son langage contre l’unité nationale. Il se plaint dans Rizospastis [le quotidien du KKE] du 8 mars que le gouvernement est en train d’affaiblir les intérêts nationaux de la Grèce vis-à-vis de la Turquie (« La notification turque (NOTAM) et le gouvernement »). C’est du poison pour la conscience de la classe ouvrière ; cela ne sert qu’à dévier la colère et le désespoir des masses travailleuses de son véritable ennemi, la bourgeoisie grecque, en les tournant contre les ouvriers des pays voisins tels que la Turquie.
Pour l’internationalisme prolétarien !
Le gouvernement Syriza a amplifié la campagne pour quémander auprès de la bourgeoisie allemande d’Auschwitz qu’elle paie des milliards en réparation des horreurs infligées à la population grecque sous l’occupation nazie. La bourgeoisie grecque utilise cette campagne pour susciter une hostilité nationaliste parmi les Grecs à l’encontre de tous les Allemands. Nous combattons le mensonge que le « peuple » allemand serait collectivement responsable des crimes des impérialistes allemands. L’Allemagne est une société divisée en classes sociales dans laquelle les capitalistes au pouvoir exploitent et oppriment « leurs » propres travailleurs, comme le font les capitalistes partout.
Ces demandes de réparations, venant de la bourgeoisie grecque, ne sont que pure hypocrisie. Une grande partie de la bourgeoisie a collaboré avec les occupants nazis pendant que le reste s’alliait aux impérialistes « démocrates » britanniques et américains, lesquels ont massacré les masses révolutionnaires ouvrières et paysannes de Grèce, y compris en utilisant les bataillons de sécurité fascistes. La campagne de Syriza est une manœuvre nationaliste destinée à détourner l’attention de la faillite de sa propre politique « anti-austérité », et elle n’a rien à voir avec une vraie justice pour les victimes des crimes de guerre impérialistes. Parmi ces crimes il y eut non seulement des massacres comme ceux de Distomo et Kalavryta [des « Oradour-sur-Glane » grecs], mais aussi l’Holocauste où la majorité de la population juive de Grèce fut exterminée. Les victimes du travail forcé et les familles de ceux qui ont été massacrés doivent bien sûr recevoir toute compensation financière qu’elles réclament.
En Allemagne, les ouvriers ont eux aussi vu ces dernières années leur salaire réduit et leurs conditions de vie se dégrader au nom de la rentabilité, et on dénombre 12,5 millions de pauvres, un chiffre effarant. C’est dans la classe ouvrière des pays impérialistes comme l’Allemagne que les ouvriers grecs doivent chercher des alliés pour lutter contre l’UE impérialiste et tous les exploiteurs. Comme l’écrivaient nos camarades en Allemagne en décembre 2011 : « Des luttes de classe en Allemagne et en France en solidarité avec les travailleurs grecs, italiens, espagnols et portugais permettraient d’amplifier le combat contre l’austérité ; elles aideraient aussi les travailleurs dans toute l’Europe à s’affranchir du nationalisme et à rompre avec leur propre bourgeoisie. »
Si tant est que des organisations de gauche ici appellent à ce que la Grèce quitte la zone euro et l’UE, elles le font dans une optique nationaliste et réformiste. Si la Grèce sortait de l’UE en résultat de luttes ouvrières combatives, ce serait un important pas en avant ; cela lui permettrait de dévaluer sa monnaie et contribuerait à ébranler l’ordre impérialiste en Europe. Mais ce n’est pas une solution en soi. La Grèce est un petit pays faiblement industrialisé qui n’a guère de ressources naturelles ; sous le capitalisme elle restera toujours dépendante de l’impérialisme. De plus, la crise économique dont souffre la Grèce fait partie d’une crise économique mondiale du système impérialiste. La seule issue pour les ouvriers et les opprimés, c’est la lutte pour la révolution socialiste ici et au niveau international, y compris dans les centres impérialistes. Pour les Etats-Unis socialistes d’Europe !
L’appel du KKE à ce que la Grèce sorte de l’UE repose non sur l’internationalisme, mais sur le nationalisme. Contrairement à une perspective internationaliste révolutionnaire, le KKE déclare : « En Grèce existent les conditions matérielles pour la construction socialiste » ; il ajoute que celle-ci « peut assurer la satisfaction des besoins du peuple » (« Le programme du KKE », 19e Congrès, avril 2013). Pour les marxistes le socialisme signifie une société d’abondance matérielle basée sur la collectivisation et le développement qualitatif des forces productives les plus avancées, qui sont aujourd’hui concentrées dans les pays impérialistes. Comme Engels l’écrivait dans ses Principes du communisme (1847) :
« Cette révolution se fera-t-elle dans un seul pays ? « Non. La grande industrie, en créant le marché mondial, a déjà rapproché si étroitement les uns des autres les peuples de la terre, et notamment les plus civilisés, que chaque peuple dépend étroitement de ce qui se passe chez les autres. […] La révolution communiste, par conséquent, ne sera pas une révolution purement nationale. […] Elle est une révolution universelle ; elle aura, par conséquent, un terrain universel. »
Le programme du KKE rejette donc un principe fondamental du marxisme.
Pour des mobilisations prolétariennes de masse pour stopper les fascistes !
En prônant le nationalisme grec réactionnaire, Syriza et les réformistes renforcent l’idéologie qui nourrit les fascistes. Quiconque a des yeux pour voir remarque qu’Aube dorée et les autres forces d’extrême droite se préparent pour l’échec de Syriza afin de se présenter comme les « sauveurs » de la nation menacée de destruction par l’UE et la « gauche ».
Si la petite bourgeoisie ruinée et les masses de chômeurs ne voient pas la classe ouvrière combattre pour un programme de revendications radicales pour en finir avec le chômage et la pauvreté de masse, elles seront de plus en plus attirées par les solutions « radicales » proposées par les fascistes. Les fascistes détournent du grand capital l’indignation et le désespoir de la petite bourgeoisie et ils exploitent le dégoût des masses envers la politique parlementaire de la « gauche ». Comme l’écrivait Léon Trotsky dans les années 1930 alors que croissait la menace fasciste en France : « Ainsi, le grand capital ruine d'abord les classes moyennes puis, à l’aide de ses mercenaires, les démagogues fascistes, il tourne contre le prolétariat la petite bourgeoisie sombrant dans le désespoir » (Où va la France ?, octobre 1934).
Cela souligne que le mouvement ouvrier organisé doit sans tarder lutter pour stopper la menace fasciste avant qu’elle n’ait crû encore davantage. En dépit de son antifascisme en paroles, en pratique la gauche grecque désarme politiquement les travailleurs et les opprimés dans la lutte contre le fascisme. Ainsi les dirigeants syndicaux traîtres, y compris ceux du PAME (le front syndical du KKE) font preuve d’une passivité criminelle face aux fascistes. L’objectif historique des fascistes est de détruire le mouvement ouvrier organisé et de supprimer les libertés politiques lorsque les capitalistes ne peuvent plus gouverner avec la machine étatique « démocratique ». Des dizaines et des centaines de milliers de travailleurs sont régulièrement mobilisés dans la rue par les syndicats et PAME pour toutes sortes de manifestations. Pourtant cette force sociale n’est pas mobilisée là où cela compte le plus : pour empêcher les forces beaucoup plus petites d’Aube dorée de tenir leurs rassemblements de masse, lesquels servent à donner confiance en soi aux fascistes pour mener des attaques sanglantes contre les immigrés, les militants de gauche et les homosexuels.
Une démonstration de force grâce à un front unique ouvrier de masse non seulement renverrait les fascistes dans leur trou, elle ferait aussi sentir aux ouvriers leur propre puissance. De cette manière le prolétariat, qui peut couper les profits capitalistes, peut montrer dans l’action qu’il a confiance en lui-même et gagner à ses côtés des couches de la petite bourgeoisie opprimée. Des milliers d’ouvriers doivent également être organisés, par leurs syndicats, en milices de défense pour protéger les victimes des bandes fascistes dans les quartiers. Le front unique ouvrier montre que la question n’est pas la « démocratie » contre le fascisme, mais classe contre classe. Il représente pour les révolutionnaires un moyen de se battre pour la direction de la classe ouvrière en lutte, et il doit donc reposer sur le principe énoncé par Lénine : marcher séparément, mais frapper ensemble. Cela veut dire que les révolutionnaires continuent, au sein du front unique, leurs polémiques pour démasquer les réformistes et les dirigeants syndicaux traîtres.
Un obstacle essentiel à une puissante lutte de front unique contre les fascistes se trouve dans les profondes illusions propagées par la gauche dans l’Etat capitaliste « démocratique ». Les promoteurs les plus explicites de ces illusions sont le Parti ouvrier socialiste (SEK, lié au SWP britannique) et son Mouvement uni contre le racisme et la menace fasciste (KEERFA) qui ne cessent d’appeler à « la prison pour les assassins néo-nazis ». Le SEK va jusqu’à en appeler au ministre qui supervise la police pour qu’il « nettoie les enclaves d’Aube dorée qui existent à l’intérieur de la police » (Ergatiki Allilegui, 11 mars). Ces appels à stopper les fascistes sont adressés au système capitaliste qui leur a lui-même donné naissance. Trotsky disait, contre de telles illusions réformistes dans l’Etat :
« Imaginons que la police de Daladier-Frossard [le premier, dirigeant du Parti radical, le deuxième, du Parti socialiste] “désarme” les fascistes. La question est-elle résolue ? Qui désarmera la même police qui, de la main droite rendrait aux fascistes ce qu’elle leur aurait pris de la gauche ? La comédie du désarmement par la police n’aurait fait qu’accroître l’autorité des fascistes qui auraient fait figure de véritables combattants contre l’Etat capitaliste. »
– Où va la France ?, octobre 1934
Si le SEK et Antarsya parlent de construire un « front unique », il s’agit pour eux d’un mouvement de collaboration de classes avec Syriza, une force bourgeoise. Même si un front unique de masse de la classe ouvrière doit inclure tous les ouvriers antifascistes, y compris ceux qui soutiennent encore Syriza, le PASOK ou d’autres partis bourgeois, nous n’appelons pas ces partis à se joindre au combat contre le fascisme. Et cela parce que nous comprenons que le fascisme est une excroissance du système capitaliste lui-même et que les appels aux capitalistes pour arrêter les fascistes ne peuvent servir qu’à détourner les ouvriers de la lutte révolutionnaire. Le front unique est une tactique pour mener une action commune sur des revendications précises – comme stopper une provocation fasciste – et non pas un bloc politique permanent comme celui que le SEK et Antarsya ont construit.
Non pas le « pouvoir populaire » mais le pouvoir ouvrier !
Pour justifier sa passivité face aux fascistes, le KKE argumente que « la seule voie pour abolir le fascisme » est la révolution socialiste, ce qui est vrai. Mais cela signifie-t-il que d’ici là les ouvriers n’ont pas à se défendre ni à défendre les opprimés ? Le chômage, l’oppression des femmes et le racisme ne sont-ils pas également inhérents au capitalisme ? Les ouvriers ne doivent-ils pas les combattre ici et maintenant ? Les ouvriers devraient-ils se laisser massacrer par les fascistes ? Qui alors dirigera la révolution socialiste ? La lutte contre le fascisme aujourd’hui doit être nécessairement liée à la lutte pour éliminer le fascisme une fois pour toutes par le renversement du capitalisme. Le refus du KKE de combattre pour défendre le mouvement ouvrier contre la menace fasciste démontre qu’il n’a pas pour programme d’organiser les ouvriers pour la prise révolutionnaire du pouvoir.
Le KKE pourrait dire qu’il veut « isoler » les fascistes idéologiquement, mais lorsqu’il en appelle à un intérêt national du peuple, il se fait l’écho du populisme de droite : « Hommes et femmes des Forces Armées et des Corps de Sécurité, nous Vous Appelons à Soutenir le KKE, dans l’Intérêt du Peuple et dans l’Intérêt de notre Patrie » (Déclaration du KKE pour les élections européennes, avril 2014). Le Manifeste du Parti communiste ne déclare-t-il pas que « Les ouvriers n’ont pas de patrie » ? Les appels nationalistes du KKE à l’appareil répressif de l’Etat capitaliste n’ont rien de commun avec le marxisme ou le léninisme. La revue du KKE Kommounistiki Epitheorisi (n° 1, 2015) contient un long article, « Etat et gouvernement bourgeois », où l’on cite sans fin Lénine sur la nature oppressive de l’Etat et la nécessité de le renverser. Mais ces paroles sont démenties par les actes du KKE. Le KKE n’a-t-il pas présenté aux élections Giannis Douniadakis, amiral retraité de la marine grecque et membre du Mouvement pour la défense nationale (KETHA) qui lutte pour « une orientation patriotique des forces armées » de la Grèce capitaliste ? Et le KKE n’a-t-il pas envoyé à maintes reprises des délégations pour montrer sa solidarité avec des organisations réactionnaires de police faussement appelées « syndicats » ?
Les flics ne font pas partie du mouvement ouvrier. Ce sont des nervis de l’Etat capitaliste. Leur rôle, ce n’est pas de « protéger les citoyens », mais de préserver la bourgeoisie des luttes du prolétariat ; c’est d’arrêter et de torturer les immigrés, d’écraser les piquets de grève, de briser les grèves au côté des jaunes embauchés par les grands et petits capitalistes pour défendre leur propriété privée, et d’étouffer les protestations étudiantes. On l’a vu le 17 avril avec les arrestations d’anarchistes à l’université d’Athènes, sous les ordres de Tsipras. Bas les pattes devant les anarchistes ! Illustrant parfaitement leur rôle de briseurs de grève, les flics ont attaqué la grève de l’aciérie d’Aspropyrgos qui durait depuis plusieurs mois. En dépit de cela, la direction du KKE n’a aucun problème à offrir sa « solidarité » aux organisations de police dont les flics ont cassé cette grève – grève dans laquelle PAME faisait partie de la direction ! Flics, matons et vigiles, hors des syndicats !
Ce qu’il y a vraiment derrière les bavardages du KKE sur « le peuple » contre les « monopoles », c’est une adaptation au « petit capital » contre le « grand capital ». La Grèce a un prolétariat industriel très petit et une petite bourgeoisie urbaine proportionnellement considérable. Le secteur privé grec est très majoritairement constitué de petites entreprises, où la majorité des travailleurs ne sont pas syndiqués. Les révolutionnaires doivent lutter pour gagner les syndicats à l’organisation d’une campagne massive pour syndiquer ces travailleurs, et pour abroger la loi qui fait obstacle à la formation d’un syndicat dans les entreprises de moins de 21 employés. Mais le KKE déclare dans son document « Pour les auto-entrepreneurs – professions libérales, artisans et commerçants – Thèses du comité central du KKE » que le parti doit organiser les « auto-entrepreneurs ayant des employés », c’est-à-dire les exploiteurs de ces travailleurs ! Cette orientation politique vers le petit exploiteur est un exemple concret de comment le KKE dissout la classe ouvrière dans le « peuple ».
La véritable force sociale capable d’effectuer une transformation révolutionnaire en Grèce se trouve non dans un front large du peuple, comme le soutient le KKE, mais dans le prolétariat, petit mais combatif, c’est-à-dire les marins, les dockers, les travailleurs des transports et chemins de fer, les mineurs, les électriciens. C’est elle, la classe qui a la force pour bloquer la production, arrêter le flux des profits, s’emparer des moyens de production et renverser la bourgeoisie. La relative faiblesse du prolétariat grec, du fait de sa petite taille, souligne la nécessité de chercher des alliés hors du pays. Une révolution ouvrière en Grèce inspirerait le soutien du puissant prolétariat des pays plus grands, de Turquie, d’Espagne ou d’Allemagne.
C’est la classe ouvrière, et non pas le « peuple », qui a pris le pouvoir en Russie en octobre 1917. C’était la révolution prolétarienne qui a instauré la dictature révolutionnaire du prolétariat soutenu par la masse des paysans opprimés, non pas le « pouvoir populaire ». Lénine appelait, dans les Tâches du prolétariat dans notre révolution (10 avril 1917), à « verser du vinaigre et du fiel dans l’eau sucrée des phrases démocratiques révolutionnaires », à la « préparation [et au] groupement des éléments du parti prolétarien conscient, du parti communiste » et à la « désintoxication du prolétariat en proie à la griserie “générale” petite-bourgeoise ». C’est avec un tel programme de classe, indépendant et tranchant, que Lénine et Trotsky ont conduit le prolétariat au pouvoir. C’est l’opposé de ce qu’a fait la direction du KKE dans les années 1940 en Grèce : elle a trahi une révolution en subordonnant les ouvriers à l’alliance stalinienne avec les impérialistes « démocratiques » dans la Deuxième Guerre mondiale (voir « La Grèce dans les années 1940 : une révolution trahie », Spartacist, édition anglaise n° 64, été 2014).
La LCI est vraiment léniniste-trotskyste ; elle a combattu jusqu’au bout pour défendre les acquis de la révolution d’Octobre malgré la dégénérescence de l’Union soviétique sous le stalinisme. Nous avons inconditionnellement défendu l’Union soviétique contre les forces internes et externes de la contre-révolution capitaliste. Nous sommes les seuls à avoir combattu sur le terrain en 1989-1990 dans l’Etat ouvrier déformé d’Allemagne de l’Est, et en 1991-1992 en Union soviétique, pour stopper le développement de la contre-révolution capitaliste. Nous avons appelé à des révolutions politiques ouvrières pour chasser les bureaucrates staliniens et instaurer des régimes de démocratie ouvrière, et à l’extension internationale de la révolution. Le KKE au contraire a soutenu Gorbatchev ainsi que ses réformes économiques qui ont ouvert la voie au capitalisme. Le KKE avoue dans une piètre autocritique : « La conférence de 1995 a critiqué le fait que notre parti a accepté inconsidérément la politique de la perestroïka, estimant qu’il s’agissait d’une réforme en faveur du socialisme » (Résolution du 18e Congrès sur le socialisme, février 2009). Contrairement à ce qu’il prétend, le KKE ne porte pas le drapeau de l’Octobre rouge, mais la bannière pourrie du stalinisme, qui a creusé la tombe de la révolution d’Octobre.
La lutte pour une direction révolutionnaire
Un numéro récent de la revue théorique du KKE contient une polémique contre les organisations Lutte ouvrière [EA – sans rapport avec l’organisation française LO] et Nouvelle graine (NS) ; cet article amalgame malhonnêtement le document fondateur de la Quatrième Internationale trotskyste, le « Programme de transition » (1938), avec sa déformation par les réformistes. Le KKE affirme : « Tous les Programmes de transition reposent sur l’acceptation directe ou indirecte que le mouvement ouvrier peut – dans certaines conditions – imposer de façon déterminante sa volonté au pouvoir capitaliste, dans le cadre du capitalisme, sans le renversement de l’Etat bourgeois et sans le pouvoir de la dictature du prolétariat » (Kommounistiki Epitheorisi n° 1, 2015). En réalité, le Programme de transition déclare clairement : « La tâche stratégique de la IVe Internationale ne consiste pas à réformer le capitalisme, mais à le renverser. Son but politique est la conquête du pouvoir par le prolétariat pour réaliser l’expropriation de la bourgeoisie » (l’Agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale). Il est mesquin de calomnier Trotsky, qui a dirigé avec Lénine la révolution d’Octobre, en citant des groupes réformistes comme EA, NS ou Antarsya.
Le Programme de transition a été formulé suite à la Crise de 1929, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale ; il avance des revendications transitoires « partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat ». Le Programme s’opposait à la fois aux illusions social-démocrates dans une réforme pacifique du capitalisme, et aux alliances staliniennes de front populaire avec les partis bourgeois. Le KKE rejette les revendications transitoires parce que son programme est réformiste et que par conséquent il n’a pas besoin d’un « pont » entre ses revendications minimales, comme « restaurer par la loi le salaire minimum à 751 euros au moins pour tous », et le combat pour la révolution socialiste.
L’urgence aujourd’hui, ce n’est pas simplement de restaurer les salaires et les conditions de vie au niveau où ils étaient avant le mémorandum [de la troïka], mais de poser des revendications transitoires qui, de par leur nature même, ne peuvent pas être satisfaites par une société bourgeoise en crise. Face au chômage massif, particulièrement parmi les jeunes, nous exigeons des emplois pour tous en raccourcissant la semaine de travail sans perte de salaire ! Dans une société où le salaire minimum condamne les salariés pauvres à brûler du bois pour se chauffer et à envoyer leurs enfants à l’école le ventre vide, nous exigeons une échelle mobile des salaires pour maintenir la parité avec le coût de la vie. Si ces revendications sont « irréalistes » pour la bourgeoisie, alors cela montre aux masses que le système entier d’esclavage salarié doit être renversé.
En luttant pour défendre tous ceux qui sont ruinés par la crise capitaliste, la classe ouvrière doit combattre pour syndiquer les nombreux ouvriers non syndiqués et défendre les ouvriers immigrés, qui constituent une composante vitale du prolétariat urbain et rural. Contrairement à Syriza qui mendie des miettes auprès des impérialistes nous disons : Annulation de la dette ! Expropriation des banques ! Ces revendications donnent la base pour mobiliser systématiquement les masses pour la révolution prolétarienne.
L’obstacle principal qui empêche la classe ouvrière de parvenir à une conscience révolutionnaire, ce ne sont pas les conditions « objectives », mais le caractère opportuniste de la direction existante du mouvement ouvrier et en particulier du KKE. Ce qu’il faut c’est un parti révolutionnaire comme le Parti bolchévique de Lénine et Trotsky. Ce parti dirigera la classe ouvrière avec une vision claire de qui est le véritable ennemi de classe ; il agira en tribun du peuple léniniste réagissant contre toute manifestation d’exploitation et d’oppression. Il sera forgé dans la lutte contre la ruine capitaliste et la réaction fasciste. Ce parti ne saurait être « national » ; il doit appartenir à un seul parti révolutionnaire international, avec des sections dans tous les pays. Nos prédécesseurs trotskystes écrivaient en 1934 : « Comme hier, nous continuerons aujourd’hui à travailler de toutes nos forces pour toutes les théories fondamentales de Marx, Engels, Lénine et Trotsky, qui se sont totalement vérifiées et qui ont été confirmées des milliers de fois et de tous côtés » (« Pour la Quatrième Internationale ! », New International). La perspective du Groupe trotskyste de Grèce est de lutter pour un tel parti, membre d’une Quatrième Internationale reforgée.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/212/grece.html
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